Si les rues avaient des bouches ou Si Beale Street pouvait parler


Si Beale Street pouvait parler.

Le titre, je ne l’ai pas compris du premier coup. Parce qu’il ne se comprend pas, si vous n’avez pas vu le film (ne restez pas dans cette situation, vous pouvez en sortir, il y a une séance dans une heure à peine). Long-métrage réalisé par un adulte prodige, Barry Jenkins (aussi à l’origine de Moonlight, oscarisé) et adaptation du roman de James Baldwin (du même nom).

L’histoire est à en perdre la raison. Deux enfants grandissent ensemble. Ils se connaissent comme s’ils étaient de la même chair, du même corps. Sauf qu'ils ne le sont pas, pas de la même chair, pas du même corps. Adulte, l’homme aime la femme. La femme aime l’homme. Avec ambiguïté et sans contrefaçon, ils s’aiment sincèrement.

Dans cette histoire, rien ne cloche, lui est un artisan. Un homme qui sculpte pierre et bois. Elle, est une jeune femme qui s’émancipe sans précipitation.

Corps contre corps. Ils ne se lassent pas du corps à corps. Et vont et viennent, à la façon d'un Gainsbourg et d'une Birkin.

Jusqu’ici tout va bien. On oublie presque qu’ils sont noirs dans une Amérique malade, car fâcheusement raciste. La couleur, ils n’ont pas la chance de l’oublier.

Un jour, l'homme libre, ne l'est plus. Accusé d'un viol sans preuve. Placé derrière les barreaux. Forcé à plaider coupable pour s’en sortir. Déclaré coupable pour faire consensus. Se contenter d’un emprisonnement. Renoncer à ses droits, à sa libération. Pour une couleur. Une couleur de peau.

Attention, je révèle ce que le synopsis ne raconte pas. Indice : vous comprendrez le titre. Comme, je l’ai compris. On poursuit ?

La rue Beale (Beale Street, plus charmant en anglais) correspond à la rue du crime (du viol). Rue qui n’a pas les moyens physiques ou intellectuels pour s’exprimer. Car les espaces urbains, sans vie n’ont pas de langue. Et ne donnent pas leurs langues au chat. Si la rue avait témoigné, elle aurait prouvé que l’homme injustement accusé est innocent. Que la victime a commis une erreur. Que l’erreur est humaine. Qu’il faut revoir les faits. Que l’on peut encore rétablir la vérité. Qu'un homme innocent, est un homme libre.

Aujourd’hui, les rues parlent (façon de parler). Enfin, les murs voient grâce à des caméras placées, ici ou là.

Vous ressortirez de la salle en noir, le moral dans les chaussettes. Parce que vous ne pourrez vous rassurer. Vous ne pourrez pas, vous murmurer : ce n’est qu’un film, une fiction. Ces images ressemblent un peu trop à la réalité, à quelque chose qui agite l’actualité. Merde.

Puis, après digestion. Vous soufflerez un grand coup. Peut-être même que vous avalerez un grand bol d'air frais. En l'engloutissant, vous penserez (ou pas) : heureusement que ce film est né.

Crédit : Si Beale Street pouvait parler - le film

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