L'été, on lit 2/5

Le jour, où il s’est fait la malle. C’était un dimanche, le jour du seigneur paraît-il. Il a disparu comme s’il allait revenir le jour suivant. Comme si on laisse tout en vrac pour une journée, et qu’à la nuit tombée on regagne le foyer. Il n’est pas revenu même après quatre jours. Ma mère lui avait donné quatre jours, pas plus. Le cinquième, elle l’oublierait et brûlerait ses affaires, y compris l’eau de toilette Habit Rouge de Guerlain.

Il s’est enfui sans nous couvrir de baisers. Il nous a abandonné. Tout simplement. Comme un propriétaire, qui ne peut plus assumer son chien la veille des vacances. Alors, il l’attache, le nœud n’a jamais été aussi robuste et il le largue au bord de la route. Il ne se retourne pas.

« La famille l’embarrassait, alors il a déguerpi. » C’est maman qui a répété ça en boucle, le lundi. L’enfant que j’étais, n’avait pas d’imagination pour justifier un tel acte, alors j’ai repris la phrase de maman.

On s’est demandées s’il avait tout prémédité.

Oui, parce qu’on n’a pas compris. C’était un homme si organisé. Maniaque à en crever. Fallait le voir, préparer sa valise. Il n’y avait plus que ça qui l’intéressait. Il n’avait pas le droit à l’erreur. Il se mettait une pression folle. Ça faisait rire aux éclats maman. Le suivre du regard, alors qu’il était occupé à emballer sous plastique chacune de ses chemises, était l’un des moments préférés de maman.

Elle le fixait, depuis son lit, c’était l’emplacement idéal pour que ses yeux n’en perdent pas une miette. Elle était apaisée, c’est l’impression que donnait son pyjama, sur lequel était dessiné des fleurs japonaises, celles que l’on appelle Sakura. Elle était belle, il l’appelait la geisha. Elle avait l’air de baigner dans le bonheur. Pourtant, elle n’avait rien d’une japonaise, encore moins d’une fille de joie.

Cette fois-ci, il n’avait pas soigneusement emballé ses affaires dans du papier plastique, l’eau de toilette traînait encore sur le rebord du lavabo, elle était sur le point de se casser la figure, la brosse à dent n’avait pas bougé d’un poil. Intact. Il avait tout abandonné.

Il s’était barré comme un voleur qui ne vole rien, le jour de la fête des mères. Il avait laissé un mot, à côté du gâteau. Il était au chocolat, habillé d’une épaisse poudre de cacao.

Il avait écrit : « Je m’en vais, à présent tu es mère. Tu n’as plus besoin d’un homme. Tu trouveras bien une occupation le 14 février. De toute manière, on en avait parlé et on était d’accord. Ces célébrations-là sont dépourvues de liberté de pensée. C’est une illusion qui consiste à être heureux sur commande, et en même temps que tout le monde. Sache que je t’aime. Albert. »

Il n’avait pas parlé de moi. J’avais beau cherché mon prénom. J’ai lu ces lignes plus d’une dizaine de fois. Pas une fois, Barbara n’a pris forme. J’ai cru que déchiffrer entre les lignes, me ferait entrevoir une once d’espoir. Il n’y a rien d’autre que du vide. Ce mot était la seule trace qu’il avait daigné laisser. C’était la preuve qu’il était à l’origine de sa disparition. Il n’avait pas été kidnappé par des gens à cagoule, ceux-là-même qui cambriolent des banques.

SUITE QUI VIENT !

Crédit photo : Instagram @artlokator

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