Fascinant : le complexe de la tong


CLIC-CLAC-CLIC-CLAC

Ce bruit vous l’entendez sur le pavé dès la résurgence de l’été. Le bitume en chaleur s’empare de ces claquettes, pour faire fondre le caoutchouc qui les compose à hauteur de 100%.

Avouez, ce genre de fantaisie, vous ne la verrez pas en milieu urbain. Si vous osez vous balader les pieds à l’air pouce évincé de ses partenaires, vous serez banni de la rue. En ville, les tongs vous rendent aussi has been que l’expression has been.

Pourtant, quand l’asphalte échappe à votre vue, que le vent se frotte à vos narines, vous êtes en zone libre. Enfin libéré du complexe de la tong.

Pour tenter d’analyser ce complexe, revenons sur l’extraordinaire histoire de la tong.

On dit qu’en -5000 avant JC, Cléopâtre et ses potes les pharaons la portaient comme signe distinctif. Une semelle en papyrus tressé armée d’une lanière en cuir : un supplice pour se déplacer. L’élite s’exposait pieds en tong qu’en de rares occasions : soirées avec César, accouchement du petit Ramsès. Tous les moyens étaient bons pour se différentier du peuple, ce va-nu-pieds. La tong avait tout d’une une rolex au poignet.

Le concept voyage, à Rome les impératrices posent la plante des pieds sur de l’or, car semelle tout bonnement coulée dans de l’or. Puis, les Indiens et les Perses produisent des tongs sculptées dans du bois. En Chine et au Japon, la tong s’inscrit dans la tradition. Elle sert accessoirement à braver la rizière. Le sushi n’existerait pas sans elle.

Plus les années passent plus la tong perd de sa prestance. Elle est désormais à la portée de tous : le gouvernement brésilien la liste comme un produit de première nécessité. Dans les favelas, elle vaut autant qu’un morceau de pain ou l’eau courante. Havaianas est né, marque leader car capable de fabriquer cinq paires de tongs à la seconde.

Personne n’échappe à la tong en plastique, pas même les hippies. Ils la brandissent comme un argument politique, en faveur du dévoilement des pieds. S’ils savaient à quel point, elle était ostentatoire : apologie du matérialisme au temps des pyramides …

En Europe, elle se vend comme des petits pains lors de la Coupe du Monde de 1998. Elle est partout, à croire qu’elle est celle responsable du réchauffement climatique.

Le syndrome de la tong viendrait donc de ses origines. Une personne qui ose s’afficher claquettements aux pieds ignore la portée d’un tel acte. Elle porte l’histoire. La grande histoire. Elle cherche à se faire remarquer car elle se montre nue. Elle libère ses extrémités pour profiter pleinement de la chaleur. Elle s’apprête à se détendre, à respirer le climat des vacances. Elle s’assume. Aujourd’hui, se déplacer la bride en Y, c’est refuser la société anxiogène telle qu’elle se présente.

Elle est tong, tout autant qu’elle est tongo, gougoune, zōri, geta, flip-flop. Elle est multiculturelle. Elle a été associée au prestige, au peuple, à la pudeur et à la coquetterie : la tong, aujourd’hui est politique.

Votez pour la tong : contre l’obscurantisme.

Vous êtes intrigué : Il est encore temps pour s’inscrire au Championnat du monde du lancer de tongs. Vous êtes chanceux, il a lieu chaque année en France.

+ : Les tongs sont d'ailleurs interdites dans les établissements scolaires. Elle augmenterait sensiblement le nombre de pieds écrasés.

Crédit photo : Pub Havaianas d'il y a longtemps...

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